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Un million de candidats pour 12 324 postes: voici l’héritage que Blaise Compaoré nous a laissé

Près d’un million de candidats composent cette année pour 12 324 postes dans les concours directs de la Fonction publique. C’est le ministre de la Fonction publique, du Travail et de Protection sociale, monsieur Clément Pengdwendé Sawadogo qui l’a affirmé, le 1er août 2016, au lancement officiel de l’administration des épreuves. Des statistiques qui ne laissent pas indifférent.

Les jeunes, étudiants ou pas, en quête d'emploi sont très nombreux. C'est pourquoi le problème d'emploi doit être aujourd'hui une préoccupation majeure
Les jeunes, étudiants ou pas, en quête d’emploi sont très nombreux. C’est pourquoi le problème doit être aujourd’hui une préoccupation majeure (photo: burkina24.com)

On ne perd pas de vue qu’un seul candidat peut postuler à plus de 5 concours. Mais ces statistiques indiquent du coup l’ampleur du chômage au Burkina. Roch hérite de cette situation de Compaoré. Pendant 27 ans de pouvoir, ce dernier n’a pas été capable de proposer une politique efficace pour lutter contre le chômage des jeunes.

Blaise a privatisé l’école burkinabè. Les gouvernements qui se sont succédé ont travaillé à ridiculiser l’université de Ouagadougou. Ce temple du savoir est confronté à un manque criard d’infrastructures pour accueillir les étudiants et de professeurs pour dispenser les cours. Pourtant, chaque année, le nombre de  nouveaux bacheliers augmente. On a préféré construire un mur comme à Gaza autour de l’université pour empêcher que les étudiants ne dérangent la quiétude de son frère François Compaoré. Tout ce béton pouvait ériger des salles de cours pour les étudiants qui se retrouvent à 3 000 dans les salles d’exposition du SIAO pour prendre des cours.

Le système LMD mis en place est difficilement applicable. Les initiateurs eux-mêmes n’arrivent pas à expliquer le bien-fondé de ce système. Un étudiant peut passer au moins 2 ans en première année avant de composer. Pour atteindre la licence, il lui faut au moins 5 ans, même s’il ne redouble pas. Au finish, ce dernier préfère se trouver un emploi parce que son âge avance. Ce mauvais traitement réservé à l’université de Ouagadougou est une stratégie pour canaliser les étudiants vers les universités et instituts privés créés par les proches de Compaoré. Là-bas, il faut débourser au minimum 300 000 F CFA l’an. Une somme qui n’est pas à la portée du plus grand nombre de Burkinabè. Pourtant, les auteurs de ces mesures assassines, fils de paysans pour la plupart, ont bénéficié gratuitement de bourses pour étudier. En retour, ils traitent les autres comme des apatrides.

Pendant que sur le plan scolaire les choses se gâtent d’année en année, Blaise et ses proches n’ont pas été capables de proposer des emplois à ces jeunes. Le spectacle est désolant à chaque concours de la Fonction publique. En 2014 déjà, pour 9 000 postes, plus de 600 000 candidats avaient postulé. Ce grand nombre ne préoccupait pas Compaoré. Modifier la Constitution et rester au pouvoir étaient sa préoccupation majeure.

La Fonction publique ne pouvant pas absorber tous les chômeurs, il a été mis en place des fonds spéciaux pour aider les jeunes et les femmes dans la création d’emplois. Selon les évaluations réalisées, ces fonds ont été utilisés à d’autres fins.

Enfin, les jeunes qui arrivent à créer leur propre business sont obligés de déclarer faillite par manque de débouchés. Le favoritisme aidant, sous Compaoré, il fallait être proche du régime pour décrocher le moindre marché. Comment pourront-ils à leur tour créer des emplois et contribuer à résorber le chômage?

 Au Burkina, il n'est exagéré de dire qu'il y a crise d'emploi (photo: lefaso.net)
Au Burkina, il n’est pas  exagéré de dire qu’il y a crise d’emploi (photo: lefaso.net)

En somme, aucune politique de développement de Blaise Compaoré n’a tenu compte de la démographie. Selon les données des Nations unies, une femme accouche en moyenne 6 enfants au Burkina. Les initiatives de développement devraient donc tenir compte de cette réalité et les projeter dans le temps. Le million de jeunes qui ont postulé pour les 12 324 postes cette année est l’expression même du désespoir qui les habite ces jeune.

Ces temps-ci, des nostalgiques du régime Compaoré réclament son retour. C’est leur droit. Mais il faut être de mauvaise foi pour affirmer que Blaise Compaoré à œuvrer pour le bien des jeunes dans ce pays. C’est pour cette raison que les jeunes désespérés n’ont pas hésité à le chasser du pouvoir lorsqu’il a manifesté ses intentions de rester au pouvoir.

Roch a hérité de cette situation explosive. Il doit faire attention à la démographie et proposer au plus vite des solutions pour résorber le chômage des jeunes. Le recrutement des 4 800 enseignants et l’augmentation du nombre des reçus à la Fonction publique cette année est un bon début. Mais comme le dit l’adage «C’est bon mais ce n’est pas arrivé».

Abouga Tagnan

A propos Fréderic Tieo

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