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Resto prix bas: nous mangeons dans «couraba» sans le savoir

HIGIENE – La malbouffe à la burkinabè, ça existe. Combien de fois faudra-t-il en parler pour une amélioration du contenu de nos assiettes? Et surtout comment en parler pour que nos restauratrices bon marché se sentent concernées sans être vexées car, apparemment, elles ne font pas exprès…

LOGTORELa restauratrice, comme si c’était une faveur qu’elle me faisait de recevoir mon argent contre un bol de riz au gras ou à la sauce arachide, m’ordonne la conduite à tenir dans son restaurant. Je m’exécute, car loin de me fâcher, cela fait partie, de mon point de vue, de la couleur locale. Une des raisons pour moi de venir manger comme tout le monde le repas du quartier. Mais les choses se gâtent quand la jeune dame reçoit son garçonnet qu’elle mouche de ses mains entre deux plats servis à une clientèle qui en a, apparemment, l’habitude. Mais quelqu’un m’a fait savoir que c’est comme un fait de culture, une sorte de bienséance sociale de ne pas se plaindre de ces choses-là, même quand on est dégouté ou désolé.
J’en ai vu de ces maçons venus construire dans le quartier qui abandonnaient sans autre forme de procès leur repas, payer et s’en aller tranquillement, sans doute pour ne plus revenir. Le plat n’est pas bon, mais il faut payer parce qu’on a été servi. Quoi de plus normal. Mon regard se porte ensuite malgré moi, au gré des mouvements de la restauratrice, sur les eaux de lavage et de rinçage. Bien malin qui dira de ces deux bassines laquelle contient l’eau la plus propre à laver ou rincer des assiettes destinées à servir un repas. Comme tu n’es pas le seul, pourquoi te plaindre et t’attirer des regards…

Rien que des faits avérés, pas besoin d’inventer pour faire du journalisme narratif ou littéraire

Ne nous égarons pas à généraliser le mal: on mange très bien à Ouaga, Bobo et dans toutes nos villes, mais il y a des détails négatifs qui mériteraient de paraître dans un roman. Tout est pourtant vrai, aussi vrai que grave dans bien de cas, car on peut aussi mourir d’un mauvais repas. Mais passons à l’essentiel, puisqu’il s’agit d’améliorer et non détruire.
Dans un autre restaurant à peine plus huppé, dans un autre quartier plus proche du centre de Ouagadougou, je me sens plus à l’aise. On ne sert pas à la fois la nourriture, le pain et l’argent de la même main à peine rincée dans une eau à la propreté douteuse. Ici, une dame, plutôt bien habillée dans son bazin et bien nourrie à en juger sur les apparences, est assise dans un coin et sert de comptable. Il faut dire que les lieux sont bien entretenus. Rien à voir avec les demi-poubelles qui servent ici et là dans certains quartiers de lavoirs ou lavabos. Des jeunes gens et jeunes filles en habits de travail servent plus ou moins gentiment selon les moments et sans doute les humeurs. Mais il arrive que le repas ait un goût bizarre, comme un mélange d’hier et d’aujourd’hui. On a de la chance ou pas, selon les moments, selon qu’on est parmi les premiers ou les derniers. Ou selon qu’on a choisi du riz, du tô, du ragout, du tiep dienne, du babenda, des haricots, etc. Mais il arrive aussi qu’on vous serve ici ou ailleurs en tirant son doigt du nez, ou qu’on vienne s’asseoir à côté de vous pour manger, comme si on vous attendait spécialement pour ça, comme si vous étiez dans un salon privé. C’est extrêmement gênant sinon insultant, par moments. De la gêne de servir les autres, un complexe? Qui saurait le dire?
Les prix peuvent aussi varier brusquement, quand vous choisissez votre restaurant du jour en fonction du poids de votre poche. Voilà comment on en vient à faire le choix définitif de ne manger qu’à la maison, jamais dehors… Mais qui peut y échapper? Un jour ou l’autre de la semaine, il faut bien se résoudre à prendre sa croute sans avoir à attendre de rentrer le soir à la maison.
Des restaurants de qualité et respectueux d’un minimum de normes en la matière, il en existe dans notre capitale, mais autant le reconnaître, ce n’est pas des plus nombreux. Ce n’est pas des cordons bleus qu’on réclame partout, mais un minimum de respect des clients. Distinguer entre nourrir un client et l’empoisonner involontairement par des aliments plus ou moins intoxicants.
Prendre surtout des mesures d’hygiène à la hauteur de ces repas préparés pour plusieurs, servis avec des assiettes et avec des cuillères et fourchettes qui passent de bouche en bouche. En ces temps d’Ebola, grippe aviaire et autres, il faut que ces soucis de santé publique soient pris très au sérieux par nos autorités par rapport aux restaurants dont personne ne nie l’importance. Ils sont là pour nous servir, autant le faire correctement! Quitte à y mettre le prix.
Thomas Niger

A propos Fréderic Tieo

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