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Politique: le CDP désormais aux abois

Une année après la chute de Blaise Compaoré, chassé par l’insurrection populaire qui a mis fin à 27 ans de règne, le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) semble définitivement avoir perdu ses marques. Responsables réfugies à l’extérieur, querelles intestines comme à l’accoutumée, points de vue divergents, parti démembré et militants désorientés sont le cocktail que sert désormais l’ancien parti majoritaire aux observateurs de la scène politique burkinabè.

Dans sa dernière déclaration, le CDP dit attendre le temps opportun pour donner une consigne de vote pour la présidentielle.
Dans sa dernière déclaration, le CDP dit attendre le temps opportun pour donner une consigne de vote pour la présidentielle.

Dirigé par un directoire, l’équivalent d’un comité de crise, au lendemain de l’autodafé de l’Assemblée nationale et la démission de son grand manitou, le parti avait tout de même entrepris sa «renaissance» avec à la commande un Eddie Komboïgo, protégé de Gilbert Diendéré, gardien du temple Compaoré depuis la soirée fatidique du 15 octobre 1987, au terme d’un congrès qui a rassemblé tous ses gros bonnets au Palais des sports de Ouaga 2000. Le nouveau slogan de cette «renaissance» avait été tout trouvé, «CDP nouveau» et les raouts qu’il réalisait dans les régions visitées pour signaler son retour suscitaient déjà un engouement certain au sein des populations.

Verdict de la CEDEAO et dépôt de candidatures
Se sentant visé par la loi électorale portant «exclusion», le CDP, après l’irrecevabilité de son recours introduit auprès de la justice burkinabè, saisira l’organe judiciaire supranational, la Cour de la justice de la CEDEAO, qui «condamnera le Burkina aux entiers dépens tout en lui demandant de lever les obstacles susceptibles d’entraîner une violation massive des droits des citoyens…».Ce verdict, qui donnera lieu à plusieurs interprétations, le Conseil constitutionnel n’en aura cure. La candidature d’Eddie Komboïgo, comme on pouvait s’en douter, est invalidée avec celles de plusieurs autres candidats concernés par la disposition du code électoral.

La réplique
Mais alors que plusieurs candidats aux législatives et le nouveau patron de la barque ont été mis à l’écart de la course pour les élections législatives et, présidentielle, c’est un parti amer que les Burkinabè découvriront.
En effet, avant même l’ouverture des dépôts de candidatures, le tout nouveau président de ce parti affirmera à haute et intelligible voix ceci: «Qui peut me refuser d’être candidat? Qui? Si je ne suis pas candidat, il n’y aura pas d’élections ici», avait-il, du reste, ajouté. Ces menaces à peine voilées que d’aucuns avaient qualifiées de menaces à l’ordre public étaient restées sans suites, les autorités de la Transition prenant le soin d’éviter de céder à la «provocation» avant la décision du Conseil constitutionnel. Mais face à la désapprobation nationale et la réaction beaucoup plus «sage» de son alliée de l’ADF/RDA, l’ancien député du Passoré se dédira plus tard.

Gilbert Diendéré, l'époux de la septième vice-présidente du CDP, voulait remettre le CDP à l'eau, à travers un putsch.
Gilbert Diendéré, l’époux de la septième vice-présidente du CDP, voulait remettre le CDP à l’eau, à travers un putsch.

Le coup d’Etat et ses corollaires
Comme par enchantement, après s’être excusé pour cet écart de langage, l’homme dira s’être laissé emporter et avoir pris acte de la décision du Conseil constitutionnel. Mais au moment où les regards étaient tournés vers le 20 septembre 2015, date marquant le début de la campagne, le 16 septembre, soit environ quatre jours avant, une prise d’otage du gouvernement de la Transition par des soldats du Régiment de la sécurité présidentielle (RSP) vire au coup d’Etat. La proximité des putschistes avec les dignitaires du CDP est très flagrante. Les plus acerbes ne tardent pas à lier les évènements à Blaise Compaoré qui, depuis Abidjan, tirerait les ficelles. Plusieurs responsables de l’ex-parti au pouvoir notamment son président, sont absents du pays. Le pays est paralysé, plusieurs résistants seront abattus dans les rues de la capitale par les escouades du RSP chargées de maintenir l’ordre. On dénombrera au total 14 morts et plus de 250 blessés. Malgré cette répression féroce, le coup d’Etat est mis en échec et le RSP est dissout par décision gouvernementale.
Après l’assaut du camp Naaba Koom II, l’arrestation du chef des putschistes et la fuite des responsables du parti, c’est, sans conteste, un parti aux abois, vidé de sa sève et abandonné à son sort que les Burkinabè découvrent. Aujourd’hui, les questions qui reviennent sur toutes les lèvres, c’est la conduite à tenir pendant les prochaines échéances qui pointent à l’horizon. D’ores et déjà, les réunions qui se tenaient en plein jour au siège en rénovation sur l’avenue Kwame N’Nkrumah sont devenues clandestines. La dernière du BPN en est la parfaite illustration. La décision qui en est issue est de donner une consigne de vote en temps opportun pour l’élection présidentielle.
Mais dans le contexte actuel, marqué par un désaveu général de ce parti, quel candidat à la présidentielle viendrait se «compromettre» avec ce parti victime de ses turpitudes? C’est un secret de polichinelle, les militants du CDP n’ont plus le zèle d’antan. Ainsi, c’est l’âme en peine qu’ils devront suivre les prochaines élections avec d’amers regrets d’avoir été proches de responsables ayant un lien avec les putschistes du 17 septembre dernier.
W. DAVY

A propos Fréderic Tieo

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