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Les héritiers du trône en Afrique

Condamné à mort par contumace, Seif El Islam paie au prix fort la chute de son défunt père. Comme il a partagé avec tous les excès possibles la jouissance du pouvoir suprême libyen durant son long règne. Une constante en Afrique: le pouvoir est avant tout familial et clanique. Pour le meilleur, mais aussi parfois pour le pire.

Saif Al-Islam Kadhafi, à Moscou, en juin 2010.
Saif Al-Islam Kadhafi, à Moscou, en juin 2010.

L’Afrique noire doit faire envie en la matière dans le reste du monde: quand on est au pouvoir, on en jouit réellement dans tous les sens excessifs du terme. Vent démocratique mis à part, c’était tout simplement la royauté ici et là sur le continent avec un vernis moderniste.
C’est Jean Bedel Bokassa qui se permet de manifester au grand jour la démesure en s’intronisant empereur aux frais et sous la protection de son tuteur français. Empereur comme Louis le grand.
Mais, il y eut aussi le Marechal Mobutu qui cachait mal ses ambitions de se manifester comme Roi du Congo, exactement comme Beaudouin le Belge. Le Président Félix Houphouët-Boigny y parvint avec plus de bonheur, de subtilité, et de fortune, jusqu’à mourir au pouvoir, presque de vieillesse. Mais, il eut l’intelligence historique de ne pas imposer à un de ses rejetons le lourd héritage de son pouvoir à vie. Mais sa famille, son clan, son ethnie, sa région ont bien profité au maximum de ce long règne de pouvoir à l’africaine, de la façon la plus «normale et naturelle» possible.
Sans le dire, tous ceux qui parvenaient au pouvoir en Afrique d’une façon ou d’une autre, et surtout par les coups d’Etat, semblaient se convaincre qu’il ne saurait y avoir d’autre voie que le règne à vie, tout comme on dit que le pouvoir ne se partage pas. Ce qui reste à être vérifié. Quitte à tripatouiller les textes à défaut de pouvoir s’en passer.
Le Président Nkurunziza vient de nous en donner une parfaite illustration en réussissant à s’imposer à la tête de son pays pour un troisième mandat, alors que la constitution y prévoyait seulement deux comme dans toutes les nations civilisées du monde moderne. Certes, cela devient de moins en moins probable de jouir du pouvoir et le léguer à sa progéniture mais, y rester aussi longtemps que possible pour voir ce que nous réserve la suite des évènements, reste le défi ou le challenge de dirigeants peu soucieux des règles du jeu démocratique, ce qui signe aussi assez fréquemment leur perte et leur chute honteuse, s’ils arrivent à échapper à un coup mortel de l’histoire. Un cas récent? Le nôtre: Blaise Compaoré, descendu du trône comme nul ne pouvait s’y attendre, encore moins lui, par une chute aussi éclaire qu’irrémédiable. Chassé en quarante-huit heures avec toute la famille.
Comme Bokassa, comme Amin Dada, comme Gbagbo, comme Kadhafi, comme bien d’autres. Avec cette constance: ceux qui partagent le même pouvoir le perdent ensemble et, dans le pire des cas, partagent le même sort malheureux. Tout simplement parce qu’ensemble, ils ont décidé de violer les règles du jeu, sans se décider à se donner conseil pour que les uns ramènent les autres à la raison.
Th Niger

A propos Fréderic Tieo

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