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France-Afrique: Bongo fils comme Bongo père?

Un jour, ce ne sera peut-être plus possible: les deals franco-africains entre les hommes parvenus à la tête de l’exécutif. Financements occultes de partis politiques (par mallettes d’argent transmises à travers des réseaux et sous réseaux qui gouvernent dans l’ombre les relations entre la France et ses ex-colonies). Marchés tronqués de gré à gré avec commissions pharaoniques et retro commissions entre amis franco-africains aux sommets des États. Le Gabon de Bongo Fils comme la France des nouvelles élites serait-elle en train de sonner le glas? C’est à souhaiter. Mais l’affaire Maixent a ceci de significatif que les mœurs politiques d’un certain genre ont la peau dure, même si elles ne résistent pas toujours aux changements imperceptibles du temps.

Maixent Accrombessi, le directeur de cabinet de Bongo Fils
Maixent Accrombessi, le directeur de cabinet de Bongo Fils

Cela se passe en France et il s’agit d’un des plus proches collaborateurs du Président Ali Bongo. Monsieur Maixent Accrombessi est directeur de cabinet du chef de l’Etat gabonais. Il accompagne son patron en voyage officiel en France. Il n’est pas du voyage retour avec le Président, sans doute pour régler quelques affaires avant de quitter le pays hôte pour le Gabon. Quand il s’apprête à prendre son avion, comme n’importe quel citoyen français ou étranger sur le sol français, il est interpellé à l’aéroport de Roissy. La police judiciaire française souhaitait l’entendre dans une affaire de «corruption d’agent public étranger et de blanchiment».
Monsieur Accrombessi fait valoir son immunité diplomatique et refuse de répondre aux questions des enquêteurs. Il est sauvé par une intervention de la Présidence gabonaise qui confirme qu’il était en mission officielle. Le directeur de cabinet d’Ali Bongo n’a donc pas été obligé de s’expliquer sur ces virements que la justice française estime «problématiques» autour d’ un contrat de 7 millions d’euros d’uniformes militaires et divers équipements. Aux dernières nouvelles et selon le journal Le Monde, «le patron de la société française Marck, mis en cause dans cette affaire, a été placé en garde à vue. Philippe Belin est privé de liberté depuis mercredi soir. Sa société est soupçonnée de versements suspects entre le Gabon et le Bénin.»
Ceci rappelle les dessous de la politique du Président Omar Bongo Ondimba, tels que nous les révèlent certains témoignages écrits ou filmiques. ‘’Bongo Fils, continuateur de l’œuvre politique de son père sur tous les plans…’’
Ondimba, l’actuel président gabonais, fils de son père au sens ‘’spirituel’’ comme biologique, a une certaine prestance et une forme de dignité qu’il doit certainement à son heureuse ascendance. Mises à part les «turpitudes» artistiques sommes toutes pardonnables de Maman, c’est ce qu’on appelle être bien né et bien formé dans les meilleures écoles préparatoires à un si grand destin national. Quand il parle, en certaines occasions, nulle trace d’un quelconque complexe dans ses mots ou dans sa voix. Bongo fils n’a pas à rougir devant ses pairs, qu’ils soient africains ou français. Cela, il le doit un peu à son père, un papa aussi bien pour les Gabonais, pourquoi pas pour les nouvelles générations d’Africains qu’il a vus naître et grandir avant sa fin au pouvoir, mais aussi un papa pour les Français qui faisaient partie de ses intimités politiques?
Bongo pouvait donc affectueusement dire ‘’mon fils’’ à un petit africain comme à un jeune français envoyé spécial ou émissaire au Gabon pour le compte de dirigeants au pouvoir ou futurs dirigeants français. On raconte dans la presse panafricaine et africaine qu’il savait les dessous de la politique française mieux que certains Français, capable de prédire qui serait élu Président de la République, finançant à gauche comme à droite les plus prometteurs parmi les meilleurs profiles.
Si Bongo Fils a hérité tout de son père en prenant place sur le fauteuil présidentiel gabonais, il va de soi qu’il soit aussi hériter des réseaux paternels et, comme on ne change pas les méthodes qui marchent ou qui gagnent, il fallait s’attendre à ce que les pratiques françaises de Bongo père lui survivent à travers son fils. Mais on pourrait aussi espérer que le fils prenne son indépendance sur ce terrain et innove dans les attitudes au pouvoir. Mais est-il possible de scier si facilement la branche qui vous porte et qui vous a porté au pouvoir? Certainement pas. Et pourquoi abattre ce baobab qui vous donne de l’ombre à vous et à votre famille, aussi bien naturelle que politique, gabonaise comme française? C’est sûr que le père vit encore à travers son fils, et que ses pratiques favorites au pouvoir sont encore actuelles au Gabon: copinage, deals, accords secrets, mallettes d’argent…
Mais il y a toujours le revers de la médaille car, en France, même un Président de la République peut craindre jusqu’à un certain point le bon fonctionnement de certaines institutions, si un coup fortuit de l’histoire met à la tête d’une grande institution une tête brûlée qui ne tremble pas devant les puissants de France encore moins de l’Afrique. Cette tête brulée peut se cacher au niveau de la machine judiciaire, médiatique (genre Canard enchaîné) ou autre. Alors, bonjour les scandales politico financiers, un peu comme à la Giscard, avec les diamants de Bokassa. Ou les ennuis de Sarkozy qui se sont intensifiés avec sa perte du fauteuil présidentiel, après seulement un quinquennat. Il a tout fait sans pouvoir se maintenir, et ce n’est pas dit que la route d’un retour annoncé soit encore balisée. Le soutien africain aurait-il manqué entretemps? Pas forcément. Sarkozy ne semble pas s’être montré plus ingrat qu’un Chirac par exemple: il a ‘’beaucoup fait’’ pour le Gabon, en négociant une baisse assez importante de sa dette extérieure, nous apprend-on. Disons que l’aide africaine n’aurait donc pas suffi à maintenir Sarkozy au pouvoir, si toutefois il y a eu aide sous Bongo fils comme Bongo Père avait aidé le candidat Sarkozy.
Peut-être qu’il est encore temps d’en profiter, avant que ce ne soit plus possible, parce que les peuples regardent, et les nations évoluent sans crier certains changements sur les toits. Ceux qui s’en sortent pour le mieux sont alors ceux qui comprennent assez tôt les changements en cours.
Les Echos du Faso

A propos Fréderic Tieo

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Un commentaire

  1. Instructif et pertinent. Bon papier

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