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Approvisionnement du Burkina en médicaments génériques: le ministère de la Santé veut-il se passer de la CAMEG?

Au cours d’une conférence de presse animée à Ouagadougou le vendredi 7 octobre 2016, la directrice générale de la pharmacie, du médicament et des laboratoires (DGPML), Dr Aminata Nacoulma, a indiqué que le ministère de la Santé dispose d’un système d’information et de gestion logistique des médicaments lui permettant «d’activer au besoin des leviers décisionnels pour garantir la disponibilité et l’accessibilité à des médicaments de qualité.»

La DG de la DGPML lors du point de presse
La DG de la DGPML (micros) lors du point de presse

Mieux, dira Mme Nacoulma, «je voudrais rassurer la population que nous avons pris les dispositions nécessaires face à cette situation de crise qui perturbe le système d’approvisionnement national en produits de santé.»

La crise à laquelle elle fait allusion, c’est celle que connaît la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques et des consommables médicaux (CAMEG) depuis quelques mois. Une crise sur fonds de feuilleton judiciaire, d’arrêt momentané de travail des agents de la CAMEG dont le compte Trésor public aurait été bloqué durant une dizaine de jours avant d’être débloqué sur injonction de la justice. Toutes choses qui ont perturbé la desserte des formations sanitaires en médicaments essentiels génériques. Une desserte qu’assure la CAMEG, une structure associative à laquelle l’Etat burkinabè a concédé «l’exclusivité d’approvisionnement des structures sanitaires publique» de notre pays.

Difficultés d’approvisionnement en produits de santé

Du reste, il se dit de plus en plus que des formations sanitaires connaissent des ruptures de produits pharmaceutiques. Au département des achats de la CAMEG, l’on parle même de réticence des laboratoires pharmaceutiques partenaires, à fournir les produits commandés. Mais «depuis le début de la crise, précise la directrice générale Aminata Nacoulma, la CAMEG ne communique plus (à la DGPML comme le lui recommande les termes d’un arrêté du 21 novembre 2001) ses données pour permettre un suivi-évaluation de ses performances dans l’approvisionnement des produits de santé aux formations sanitaires» de sorte que les taux de satisfaction des commandes des districts sanitaires ainsi que les taux de rupture en produits de santé soient clairement établis.

De son côté, le ministère de la Santé, aux dires de Mme Nacoulma, a mis en branle dans ce contexte, son système d’information et de gestion logistique des médicaments en vue de «remonter des données depuis le niveau périphérique jusqu’au niveau central.» C’est ainsi que des «données de rupture dans les 67 dépôts répartiteurs de district que compte le Burkina Faso» et des données relatives aux «stocks de MEG (médicaments essentiels génériques, Ndlr) disponibles chez les grossistes/distributeurs locaux» ont été collectées «récemment». Il en ressort «une augmentation du nombre de structures connaissant des difficultés d’approvisionnement en produits de santé.» Cette situation aux conséquences graves pourrait malheureusement s’intensifier, puisque la crise à la CAMEG peine à relever du passé.

Le ministère brandit une possibilité de recours à d’autres fournisseurs

Selon la directrice générale Aminata Nacoulma, l’article 6 de l’arrêté du 21 novembre 2001 relatif aux rapports devant être entretenus entre la CAMEG et le ministère de la Santé prévoit «un recours aux autres fournisseurs locaux en cas d’impossibilité de la CAMEG de satisfaire les besoins exprimés et cela après l’avis de l’autorité de règlementation pharmaceutique qu’est la DGPML.» Un tel avis, à en croire Mme Nacoulma, a déjà été émis sur le fondement de la «non-disponibilité des produits», «d’éléments d’assurance qualité et d’accessibilité financière des produits de santé».

L’invocation de ce recours à d’autres fournisseurs locaux présage-t-elle de la volonté du ministère de la Santé de se passer de l’action de la CAMEG dans sa mission d’offre de santé aux Burkinabè? Le ministère pourra-t-il vraiment mettre les Burkinabè à l’abri de la détresse, s’il s’engage effectivement dans cette option? Ce sont des questions qui taraudent à ce jour, l’esprit de plus d’une personne.

Pour sa part, la Représentation nationale a invité le ministre de la Santé, Dr Smaïla Ouédraogo, à venir répondre à une batterie de questions orales suscitées par la situation qui prévaut à la CAMEG. A cet effet, rendez-vous est pris pour le vendredi 14 octobre 2016 à partir de 16h à l’hémicycle.

Certainement que l’on saura davantage sur la place et le niveau d’utilité de la CAMEG dans le dispositif national d’offre publique de santé au Burkina.

Paangui Parè

A propos Fréderic Tieo

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