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Ali Bongo et Joseph Kabila ont-ils raison de décrier l’ingérence des grandes puissances?

Après l’intervention de la communauté internationale en Libye et en Côte d’Ivoire, le débat sur le droit d’ingérence est relancé avec la situation en RD Congo et au Gabon. Prudent et prévoyant, l’homme fort du Gabon estime n’avoir besoin de personne pour résoudre les problèmes du Gabon. Les hommes au pouvoir de l’ex-Zaïre, eux, estiment que leur pays n’est pas une province d’un autre. Les deux présidents ont-ils raison de menacer les puissances internationales d’ingérence ou est-ce qu’ils brandissent l’ingérence comme un masque de leur échec politique?

Après l'intervention de la communauté internationale en Libye et en Côte d'Ivoire, le débat sur le droit d'ingérence est relancé avec la situation en RDC Congo et au Gabon
Après l’intervention de la communauté internationale en Libye et en Côte d’Ivoire, le débat sur le droit d’ingérence est relancé avec la situation en RDC Congo et au Gabon

L’ingérence d’un État dans les affaires d’un autre est l’intervention du premier dans les affaires du second, sans son consentement et au détriment du concept de souveraineté. L’ingérence peut aussi être implicite lorsque la souveraineté de l’autre est remise en cause de manière camouflée. La crainte, c’est d’en faire un prétexte, pour envahir un État, compromettre sa légitimité, ou renverser son gouvernement. Dans ce sens, toute ingérence est arrogante. L’ingérence elle-même n’étant pas un concept juridique défini. Au sens commun, il signifie intervenir, sans y être invité, dans des affaires qui relèvent essentiellement de la compétence nationale d’un État. Le devoir d’ingérence, quant à lui, désigne l’obligation morale faite à un État de fournir son assistance en cas d’urgence humanitaire.
Le devoir d’ingérence se présente souvent comme un devoir de conscience. Une sorte d’impératif catégorique: je ne puis faire autrement. Le but est de protéger la vie humaine quand elle est menacée.
L’idée d’ingérence humanitaire a été ranimée au cours de la guerre du Biafra (1967-1970) pour dénoncer l’immobilité des chefs d’État et de gouvernement face à la terrible famine que le conflit avait déclenchée, au nom de la non-ingérence. C’est sur cette idée que se sont créées plusieurs ONG, dont Médecins sans frontières, qui défendent l’idée qu’une violation massive des droits de la personne doit conduire à la remise en cause de la souveraineté des États et permettre l’intervention d’acteurs extérieurs, humanitaires notamment.
Le concept de droit d’ingérence entend dépasser les définitions restrictives traditionnelles de la souveraineté pour imposer un «devoir d’assistance à peuple en danger». Ainsi la doctrine du «droit d’ingérence» entend subordonner la souveraineté des États interprétée comme «une sorte de mur à l’abri duquel tout peut se passer». Le droit d’ingérence s’inscrit dans un cadre plus large de la redéfinition d’un ordre mondial idéalement régi par des principes de démocratie, d’État de droit et de respect de la personne humaine. Il tend à une moralisation des relations internationales.
Les partisans et détracteurs du droit d’ingérence s’opposent autour de la tension entre la légitimité et la légalité de l’intervention. L’ambiguïté majeure du droit d’ingérence tient aux motivations d’une telle intervention par des États mobilisés par la promotion de leurs intérêts nationaux. En fait, des interventions à visée politique.

Ali Bongo Ondimba et Joseph Kabila
Ali Bongo Ondimba et Joseph Kabila

D’autre part, les Etats où règne la dictature évoquent la non-ingérence comme argument pour continuer à opprimer leurs peuples (atteintes aux droits humains) et refuser la démocratie et ses principes. Pour eux, la théorie du complot est toujours un prétexte: l’ingérence serait un moyen pour les grandes puissances d’affaiblir leurs Etats, en déstabilisant leur société et leur régime, afin de faciliter leur ingérence politique et économique et in fine d’accroître la dépendance. Dans ce sens, les pays comme la RDC et le Gabon, dont les sous-sols sont riches, doivent refuser d’être envahis par les prédateurs d’autres pays étrangers. Mais aucune ingérence ne serait évoquée dans un pays démocratique et respectueux des droits de l’homme. Kabila et Bongo se reprochent quelque chose
Il faut reconnaître que ces deux présidents prêtent le flanc aux puissances occidentales. Ils ne respectent pas les règles démocratiques. Ils n’aiment pas la vérité. En effet, Kabila est en fin de mandat. Mais il n’a rien fait pour faciliter des élections apaisées et selon les délais constitutionnels. Parce qu’il veut se maintenir au pouvoir coûte que coûte. Il est responsable de toutes les violences et des massacres des Congolais. Sans être forcément coupable de toutes les exactions commises.
Bongo a, par la complicité de sa famille constitutionnelle, refusé le décompte des voix. Le comportement des membres de la cour constitutionnelle gabonaise face à la recherche de la vérité des urnes est une honte pour l’Afrique. Le refus de la transparence stigmatise davantage les Africains qui ont certes intérêt à marquer leur territoire mais en faisant respecter par leurs dirigeants les principes démocratiques. Pourtant les deux chefs d’Etats jouent sur l’émotion des peuples africains par leur position anti-française. C’est leur dénominateur commun. Pour cacher leurs échecs politiques et leur soif du pouvoir. Des bêtises à ne pas cautionner. L’Afrique et les Africains méritent mieux que ça.

Théophile MONE

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