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Affaire Sankara: jusqu’où ira Mariam Sankara? (suite et fin)

Vingt-sept ans de luttes auront finalement eu raison de l’enterrement du dossier Sankara. Le président Compaoré n’a pas pu échapper au tribunal de l’histoire de son vivant. Chassé du pouvoir en une après-midi de fin octobre 2014, son projet secret de se maintenir aussi longtemps que possible voire aussi longtemps que son inspirateur Félix Houphouët-Boigny décède sans jamais céder le fauteuil présidentiel, aura été un échec. Sankara sort vainqueur de sa tombe, et ce n’est que le début, semble-t-il d’une éternelle réhabilitation devant l’histoire des Burkinabè pour toutes les valeurs qu’il a su incarner et défendre de son vivant en donnant, le premier, l’exemple de l’intégrité qu’il voulait imposer a tout un peuple. Comme le Christ des images saintes, l’icône Sankara ressuscite de sa tombe. Mais c’est sa veuve Mariam qui incarne désormais la lutte pour une totale vérité sur les circonstances de sa mort et peut-être un jour le retour au pouvoir des idéaux que le jeune capitaine progressiste voulait mettre en avant dans ses projets de développement social et économique.

Mariam Sankara
Mariam Sankara

Ivoirien de cœur à travers sa femme et jouissant en principe de cette double nationalité, Blaise Compaoré est chez lui à Yamoussoukro. Mais il ne pourrait pas échapper à une sérieuse poursuite judiciaire dans toutes ces affaires qui pourraient le conduire aussi bien devant les tribunaux nationaux burkinabè que ceux de la Cour pénale internationale (CPI) notamment. Comme bien d’autres, Hissen Habré et Laurent Gbagbo et les futurs à juger, la question est de savoir d’où ou par qui sonnera le glas pour lui ou bien, par quel miracle et quelle porte s’ouvrira la voie de la grâce miraculeuse. Les lois sont écrites pour les hommes mais bien peu sont les intelligences capables de les faire jouer en leurs faveurs. Nombre de chefs d’Etats africains sont sur la liste d’attente de la CPI, cette juridiction internationale décriée, qui n’en demeure pas moins présente et affirmant de plus en plus son autorité. Après le coup de théâtre du 15 juin dernier en Afrique du Sud, le Président Omar El Béchir peut estimer l’avoir échappé belle. Mais pour combien de temps?
Blaise a peut-être encore quelque temps de repos à ‘’purger’’ en Côte d’Ivoire avant que la machine judiciaire burkinabè ou internationale ne se mette en branle contre lui. Mais tôt ou tard, il devrait répondre de ses actes, c’est un minimum.
Cela ne manquerait pas de piquant de voir Mariam en visite de travail sur les bords de la lagune Ebrié ou aux abords de la cathédrale de Yamoussoukro pour une énième négociation ou plaidoyer autour du dossier Sankara, en considération du fait qu’Abidjan a aussi souvent été cité en rapport avec l’assassinat de Thomas Sankara. S’y risquera-t-elle? Sur le territoire de l’ex-Première dame, elle peut compter sur l’hospitalité du Président Ouattara mais les choses pourraient être moins faciles de ce côté qu’en France. Là-bas aussi, les évènements ont longtemps été perçus par la jeunesse sous l’angle de la culpabilité de Compaoré qui n’a jamais vraiment joui d’une quelconque popularité auprès de la jeunesse depuis son accession au pouvoir jusqu’à sa chute. Raisons humanitaires mises à part, beaucoup aimeraient le voir jugé, étant convaincu de sa réelle responsabilité dans la mort du Président du CNR.
Le Président Compaoré a longtemps nié cette responsabilité et son implication directe dans les évènements liés à la mort de son ami, malgré toutes les voix à l’intérieur et à l’extérieur du Burkina le désignant comme coupable numéro un et de trahison, et de crime. Il aurait été mis devant les faits accomplis, manquant lui aussi de se faire assassiner, s’il ne s’était retenu de réagir dans sa colère première en apprenant la mort de Thomas. Ses dernières interviews tiennent à peu près la même version, insistant sur le fait qu’il a lui aussi perdu un ami ce jour-là. Un ami qui s’est trompé, un ami dont il regrette qu’il ait tenté de les liquider. C’est dommage!
Le Président Compaoré n’a jamais livré une version qui ait pu convaincre l’opinion publique sur les évènements, encore moins un début de preuves convaincantes. Ces preuves promises, les réserve-t-il pour un éventuel procès? Qui aurait pu assassiner le leader burkinabè à l’insu de son puissant ministre de la Justice et numéro deux du régime, commandant influent sur les troupes parachutistes de Pô qui n’était autre que Blaise Compaoré? Difficile de trouver ce bouc émissaire parmi les acteurs historiques de la Révolution.
Par ailleurs, ce serait bien trop tard de fournir aujourd’hui des preuves, s’il en existait, de la non-culpabilité de Monsieur Compaoré, après toutes ces années de luttes infructueuses contre le puissant symbole Sankara, comme Don Quichotte luttant contre les moulins à vent. C’est le vent qui l’a emporté le 31 octobre 2014. Blaise devant les tribunaux militaires pourrait être aussi banal que décevant avant qu’on ne prononce la peine.
Sur le plan politique, cela ne réveillera pas Thomas Sankara pour le ramener au pouvoir, mais constituera un coup de pouce supplémentaire aux idéaux sankaristes que personne ne nie finalement, car qui, même parmi les plus libéraux, refusait de reconnaître la pertinence d’une lutte effective et efficace contre la corruption et pour la justice sociale, entre autres? Une contrainte de morale au pouvoir pour tout futur dirigeant du Burkina, au-delà des formations ouvertement déclarées sankaristes.
Alors, Sankara pourra dormir en paix et Mariam se reposer du combat de femme fidèle à la mémoire de son époux. A moins qu’on lui demande, et pourquoi pas, de faire un pas de plus en politique.
T. Niger

A propos Fréderic Tieo

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