Home / Monde / Gabon: pourquoi la phobie du test ADN

Gabon: pourquoi la phobie du test ADN

Au Gabon, il est question de faire passer un test de paternité à Ali Bongo. Sa nationalité est jugée douteuse. Le feu a été mis aux poudres par l’ouvrage du journaliste d’investigation Pierre Péan. Intitulé «Nouvelles affaires africaines: mensonges et pillages au Gabon». En effet, Pierre Péan déclare dans son livre que l’actuel président du Gabon, Ali Bongo, ne serait pas le fils biologique d’Omar Bongo. Ce dernier aurait en fait récupéré Ali Bongo au Biafra, qui était alors une province sud-nigériane. S’en serait suivi une adoption de l’enfant par Omar Bongo, qui serait alors devenu Ali Bongo seulement à ce moment, et non pas par sa naissance. L’hypothèse étant posée, les opposants insistent pour qu’Ali Bongo passe un test de paternité en bonne et due forme. Mais pourquoi un test de paternité sur Ali Bongo poserait-il problème? Des problèmes aux conséquences politiques lourdes!

Des candidats à l'election presidentielle Gabon 2016, dont le président sortant Ali Bongo sommé par l'opposition de faire un test d ADN pour prouver sa filiation
Des candidats à l’élection présidentielle « Gabon 2016 », dont le président sortant Ali Bongo sommé par l’opposition de faire un test ADN pour prouver qu’il est né gabonais

Pour être admis à se présenter à l’élection présidentielle du Gabon et exercer ce pouvoir, il faut être né de nationalité gabonaise. L’article 10 de la Constitution gabonaise stipule que «Toute personne ayant acquis la nationalité gabonaise ne peut se présenter comme candidat à la Présidence de la République». Pour ce faire, deux hypothèses sont possibles:

-Ali Bongo est bel et bien le fils biologique d’Omar Bongo. Dans ce cas, il est né gabonais car issu de parents gabonais.

-Ali Bongo a été adopté. S’il est né au Biafra et non au Gabon comme l’indiquent ses détracteurs, cela signifierait qu’il a été naturalisé gabonais. N’étant pas né avec cette nationalité, il ne pourrait donc pas être admis à exercer le pouvoir au poste de président de la République. Pourtant, il est candidat à sa propre réélection.

C’est pourquoi les opposants politiques demandent à la famille Bongo de réaliser ce test de paternité, si Ali Bongo est réellement certain des origines qu’il affiche. De son côté, la famille Bongo balaye ces accusations d’un revers de main. Elle les considère au mieux comme de vagues élucubrations, au pire comme une tentative de déstabiliser le président au pouvoir et de l’empêcher de briguer un second mandat. Le débat sur ce test de paternité prend pourtant tout son sens à mesure que les élections présidentielles approchent à grand pas. Prévues pour le 27 août prochain, elles pourraient changer la donne pour un pays qui n’a pas connu d’alternance politique depuis 1964.

En avril, Ali Bongo a formellement démenti la rumeur. «Quand je suis né, le Nigeria n’était même pas indépendant. Il (l’)est devenu un an après et cette guerre du Biafra a commencé» en 1967, alors que «j’avais déjà 8 ans», a-t-il commenté.

Tout en restant dans une position respectueuse des hommes, de la justice et de la transparence, il est indispensable aujourd’hui d’éclairer ce fait qui vaut à Ali Bongo un rejet massif et qui pourrait générer une guerre civile.

Outre les exigences des opposants, une autre pression vient contrarier le président. Cette fille, Albertine Amissa Ondo serait la sienne. Et il faut un test ADN pour le prouver!
Outre les exigences des opposants, une autre pression vient contrarier le président. Cette fille, Albertine Amissa Ondo, serait la sienne. Et il faut un test ADN pour le prouver!

C’est dans ce contexte délétère qu’en avril dernier une certaine Joyce Gennifer Ondo est sortie du bois accusant Ali Bongo d’avoir eu une fille avec elle: Albertine Amissa Ondo. A cette situation de doute elle est venue ajouter sa couche: «Personne ne comprend au Gabon pourquoi il (Ali Bongo) ne se plie pas à un test d’ADN avec sa mère qui est toujours en vie. S’il est bien le fils d’Omar Bongo, cela permettrait de faire taire les critiques. Mais il a produit des actes de naissances qui sont tous controversés!» Si test ADN il y a, cette issue permettrait effectivement de clore le débat autour de la filiation du chef de l’Etat. Tentative de vengeance, de manipulations politiques ou simples coïncidences? Mystère et boule de gomme.

En vérité, le test ADN est un énorme dilemme. En effet, Si un quelconque test prouvait que le chef de l’Etat actuel n’est pas le fils naturel d’Omar Bongo, mais son fils adoptif, la famille Bongo serait qualifiée de tous les péchés d’Israël. Ali Bongo lui-même serait taxé de menteur et accusé pour haute trahison. Au cas où un test confirmait son lien de sang avec la famille Bongo, il assommerait l’opposition et tous ses détracteurs et en sortirait grandi. Mais pourquoi ne le fait-il pas? Parce que se soumettre à un test ADN sur «ordre» des opposants revient à douter de ses propres origines sans oublier que quel que soit le résultat de ce test, le doute d’une manipulation des docteurs subsisterait. Mais du moment où cette situation constitue une grande vague tsunamienne qui pourrait s’abattre sur les côtes gabonaises, ne serait-il pas sage pour Ali Bongo de sauver le Gabon par un test ADN? Car comme dit bien l’adage, «la vérité rend libre». Une option sans doute très difficile pour les politiques. Car certaines vérités vraies peuvent anéantir d’un trait les acquis de tout un pays. Vu sous cet angle, le Gabon devra encore longtemps souffrir de ce virus appelé ADN. Puisque le résultat du test sera toujours indéterminé: ni négatif, ni positif.

Théophile MONE

A propos Fréderic Tieo

Voir aussi

France: un policier tué et deux autres blessés dans un attentat près de la Présidence

Dans la soirée du jeudi 20 avril, un policier a été tué et deux autres …

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *